Le 31 décembre prochain, le capital social des établissements bancaires de la zone franc en général et ceux du Sénégal en particulier devra passer à 5 milliards de FCfa contre 1 milliard actuellement. Décidée en 2007, cette réforme co-pilotée par la Bceao et la Cemac vise à « consolider » le système bancaire dans la zone. Pour autant, elle ne garantit pas, loin s’en faut, un meilleur financement des économies. Entrer dans le rang ou disparaître. La nouvelle donne à laquelle les établissements bancaires de la zone Franc devront se soumettre au plus tard le 31 décembre 2010, risque de chambouler, dans le sens de sa configuration, le paysage financier de la zone. Les banques ont en tout cas jusqu’à cette échéance pour revoir à la hausse le seuil du capital social, actuellement à 1 milliard, selon la norme jusqu’ici en vigueur. Celui-ci devra passer à 5 milliards de FCfa, sous peine, pour les banques, de se voir retirer leur agrément.

L’idée qui sous-tend cette mesure serait de donner aux banques des moyens conséquents d’intervention. Mais il y a surtout pour les banques centrales qui pilotent la réforme, le souci d’une « meilleure optimisation de la gestion des risques ». La récente crise financière internationale et ses conséquences sont sans doute passées par là. De fait, la liquidité des banques et des marchés est aujourd’hui au coeur des préoccupations des Banques centrales et des gouvernements. Pour beaucoup de spécialistes, la réforme en question serait un moyen indirect d’ « inciter les banques à se regrouper pour créer des groupes « plus puissants et plus solides » ». Gare alors aux petites structures qui risquent de passer à la trappe oligopolistique entre fusions, acquisitions, absorptions. Beaucoup d’entre elles (les petites structures) connaissent en effet des fortunes plutôt modestes et risquent même d’être happées par la déferlante en vue.

Dans la zone franc notamment, on assiste à un foisonnement d’établissements bancaires voire une hypertrophie du secteur. Jadis chasse gardée des capitaux français notamment au Sénégal, la santé du secteur bancaire dans la zone Afrique de l’Ouest et particulièrement la zone Franc, aiguise bien d’autres appétits notamment marocains et nigérians, tandis que les « françaises », à quelques exceptions près, semblent perdre du terrain devant des concurrents plus agressifs et mieux armés. Néanmoins, le nombre déjà important des établissements ne semble pas émouvoir les banques centrales, censées agir en faveur de la réduction du nombre d’établissements, mais qui continuent de délivrer à tour de bras des agréments.

Ainsi en 2009, en zone Bceao, on dénombre quelque 112 banques de crédit contre 96 en 2007. Si l’on y ajoute les 45 banques que comptait la Cemac en 2009, cela fait un total de 157 banques en Afrique francophone alors que toutes ne se portent pas pour autant comme… un sou neuf. En pleine forme À fin 2009, le système bancaire sénégalais comptait dix-sept banques et deux établissements financiers (soit un nombre total d’établissements de crédit inchangé par rapport à 2008), selon le dernier rapport annuel 2009 de la Banque de France, à la suite de l’octroi d’un nouvel agrément de banque à la société Union Bank for Africa Sénégal et à l’absorption de la Société africaine de crédit automobile par l’établissement financier Alios Finance. Aussi, le total du bilan agrégé du système bancaire a augmenté de 8,7 % en 2009, s’élevant à 2 664 milliards de francs CFA contre 2 450 milliards de francs CFA en 2008. Ce total représente 23,2 % du total de l’UMOA, après 24 % en 2008.

Cette évolution globale a, principalement, résulté de la forte progression des dépôts collectés auprès de la clientèle, qui se sont inscrits en hausse de 15,6 %, à 1 995 milliards de francs CFA. Les encours bruts des crédits ont augmenté de 4,6 % pour s’établir à 1 767 milliards de francs CFA, représentant 66 % du total des bilans bancaires tandis que la qualité du portefeuille d’engagements des banques, elle, reste nettement dégradée : les créances en souffrance brutes (créances douteuses et impayés) se sont accrues de 8,8 %, représentant 317 milliards de francs CFA en 2009 contre 292 milliards à fi n 2008. Ces créances ont représenté, en 2009, 18 % du total des encours de crédits, contre une proportion de 17,1 % en 2008. Le taux de provisionnement des créances en souffrance est resté faible et a même diminué, revenant de 53 % en 2008 à 51 % en 2009. Quant au produit net bancaire (mesure de la contribution spécifique des banques à l’augmentation de la richesse nationale), il s’est amélioré de 4,9 %, pour s’établir à 177,5 milliards de francs CFA, du fait de l’augmentation des marges dégagées sur les activités de prêt à la clientèle. Le résultat d’exploitation a crû de 14,9 %, ressortant à 50,8 milliards, grâce également à une diminution de l’effort net de provisionnement. Les coefficients de rentabilité se sont améliorés, notamment le taux de marge nette, qui est passé de 19 % en 2008 à 22,6 % en 2009 et le coefficient de rentabilité de 11,6 % à 12,9 %. Le coefficient net d’exploitation s’est détérioré de quatre points (à 64,1 %), en raison d’un alourdissement des frais généraux de 12,6 %.

À fin décembre 2009, le secteur de la microfinance comprenait treize principales institutions financières décentralisées, pour environ 1,3 million de bénéficiaires directs (+ 14,3 % par rapport à fin 2008). Les dépôts du secteur de la microfinance représentaient 122,3 milliards de francs CFA (+ 12,1 %), soit environ 6 % des dépôts à vue bancaires. Et pour cause Les systèmes bancaires de la zone Franc ont connu à partir du milieu des années 80 deux principales réformes : l’une liée à la restructuration des établissements bancaires, et l’autre au changement de politique monétaire. S’inscrivant dans un contexte de libéralisation financière, ces réformes avaient pour objectif de restaurer la liquidité des banques sinistrées par la crise bancaire et de permettre un meilleur financement de l’économie. Si le premier objectif a été atteint (La thérapie prônée a certes permis d’assurer un retour à la stabilité et la rentabilité), le deuxième à l’évidence reste loin des ambitions des réformateurs.

Depuis une quinzaine d’années, les banques sont sur-liquides tandis que les crédits octroyés à l’économie baissent en tendance. Et il n’est pas garanti, loin s’en faut, que la nouvelle réforme consistant à renforcer les fonds propres des banques, renverse la tendance. Le paradoxe est entier. L’activité de banque est certes affectée par des risques, pour elle-même et pour ses clients : les profits de la banque doivent servir non seulement à rémunérer ses actionnaires, mais aussi à renforcer les fonds propres, dernier recours en cas de réalisation du risque. Aussi, la nécessité d’éviter le risque d’illiquidité et son corollaire – la panique – permettent-ils de comprendre pourquoi une banque doit détenir un stock de liquidités. Or, cet argument devient caduc dès lors que la banque détient des liquidités au-delà de ce qui est convenable pour faire face à ce risque. C’est le cas lorsque les banques détiennent des liquidités oisives en abondance (les liquidités sont globalement toujours abondantes, mais ne sont plus là où elles sont le plus nécessaires).

Dans l’Uemoa qui regroupe huit pays dont le Sénégal, cette surliquidité se traduit par des dépôts auprès de la Banque centrale excédant largement les montants requis par la réglementation relative aux réserves obligatoires, ainsi que le souligne le rapport 2009 de la Banque de France. L’examen de la mise en oeuvre du dispositif des réserves obligatoires sur l’ensemble de l’année met en évidence une situation de liquidité excédentaire pour les banques de l’UMOA. Au 15 décembre 2009, pour un niveau de réserves requises de 493,8 milliards de francs CFA, les réserves des banques effectivement constituées ont atteint 910,7 milliards. Les réserves libres se sont ainsi établies à 416,9 milliards de francs CFA, contre 159,1 milliards un an plus tôt. Cette surliquidité structurelle du système bancaire de la zone franc a certes constitué une protection contre la crise. Mais il faut dire qu’en réaction à la crise, les banques centrales (Bceao, Cemac) ont progressivement assoupli les conditions de refinancement des établissements de crédit.

Pendant ce temps, au Mali, on estime que 83% des micro-entreprises et 72% des petites entreprises font face à des contraintes de financement. Au Sénégal, cette proportion s’élève respectivement à 92% et à 90%. La faiblesse des volumes de financement offerts surprend d’autant plus que le niveau des ressources disponibles ne cesse de progresser depuis 1997 au sein des deux zones. Outre la « frilosité » qui les caractérise, Il y a très certainement un problème d’inadéquation entre ces ressources disponibles qui sont courtes et les besoins. Aau Sénégal, par exemple, les crédits à l’économie ont progressé de 8,7 % en 2009, soit à un rythme sensiblement ralenti par rapport aux deux années antérieures, où la hausse atteignait en moyenne 14 % par an. Et encore, ce sont essentiellement des crédits à court terme (environ 67% de leurs concours à l’économie) qui échoient principalement à leur clientèle la plus dense, constituée par des salariés et de plus en plus de commerçants. Comparé à des pays comme le Nigéria où les crédits à l’économie représentaient 34% au Nigéria, 77% au Maroc, ou encore en Afrique du Sud (145%), y’ a pas photo.  ....

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